Renomination : fait de nommer de nouveau une personne à un emploi, une fonction, une dignité
Un matin on se réveille, et l’on est fatigué de soi-même. On n’a plus envie de revêtir, ce jour-là, le visage qu’on portait la veille. On aimerait tout recommencer, alors on commence quelque chose. En sous-vêtements, on se saisit de son téléphone et on compose le numéro d’une mairie lointaine qui pourtant est la nôtre. A l’adresse d’une oreille étrangère, qui ne connait rien de notre histoire et du rôle qu’elle y joue, on confie pour la première fois le soupir d’être soi. La pudeur administrative nous aide à formuler les choses. On aimerait changer de prénom. La décision est prise. On est prêt à effectuer des démarches, à nous abandonner aux recommandations. En écoutant ces dernières, on hoche la tête pour personne, on ronronne à voix haute et on prend des notes qu’on ne relira jamais. On affirme qu’on apportera bientôt de nouveaux papiers, des justifications. On remercie la voix pour qui renverser l’ordre des choses semble être un jeu d’enfants. On salue. On raccroche. Pas encore tout à fait certain d’être celui ou celle qui accomplit les gestes, on se lève. Quelqu’un, peut-être soi, ouvre le répertoire de son portable et y modifie son propre prénom. On commence par là. Puis on va se doucher.

Vous avez changé de prénom ? Racontez-moi tout : blandine.rinkel@yahoo.fr
Illustrations de Camille Potte


« C’était une après-midi d’été, en rentrant de la mer on écoutait les Beach Boys et tout le monde chantait — notre mère, notre père, Jules et moi. On avait du sable plein les chaussures. Quand on est arrivés devant la maison, il fallait décharger des courses du coffre et on a dit à notre mère qu’on allait le faire. Elle a souri et elle est rentrée avant nous. On chantait encore quand on a poussé la porte. Dans le fauteuil bleu du salon elle pleurait les yeux grand ouvert, la bouche aussi, des larmes d’une espèce qu’on a jamais vu, des larmes longues qu’on a tout de suite deviné, du haut de nos 10 ans, être des larmes solides. Après un moment de silence, nous regardant, elle a dit : « J’en ai marre, je suis fatiguée, je n’ai plus le courage, j’en ai marre ». Puis elle est partie dans sa chambre et personne ne l’a retenue. Le lendemain, elle demandait à papa le divorce, et nous apprenait qu’elle allait changer de prénom. Maintenant c’est Agathe. » (Victor)